Une IA par jour – Lettre 31
Nous sommes 3320 aujourd’hui, bienvenue aux nouvelles et nouveaux arrivés dans l’aventure ! Je suis Bertrand Formet, je partage chaque jour une application d’IA générative sur le site et cette lettre chaque samedi.
Les premières cartes du monde laissaient des zones blanches là où les explorateurs n’étaient pas encore allés. Cette semaine en testant Omma, j’ai eu l’impression d’en voir une se remplir en direct…
Allez, on déplie nos cartes, routières ou au trésor : le focus, les publications et les lectures partagées nous attendent !
La semaine dernière, je vous présentais Écho, le jeu que j’ai créé qui met en scène un glissement, celui de l’utilisateur humain qui délègue peu à peu à la machine, voulu dans une mécanique simple pour rendre visible l’agentivité.
Dans le zoom que j’avais ensuite proposé dans les publications de cette lettre 30, Make it posait une question voisine depuis l’autre sens : une application d’IA générative qui génère le plan complet d’un objet physique à fabriquer soi-même, avec liste de matériel, programmation, tutoriel pas à pas et même photos générées de l’objet fini. Je n’ai pas fabriqué ni testé physiquement les deux projets présentés dans l’article, mais c’était l’une des premières fois où un monde tangible m’était présenté avec un rendu physique convaincant et documenté. La représentation était donc là, l’objet peut-être, sa construction restant à tester.
Cette semaine, Omma prolonge le fil depuis une direction différente. En une instruction en langage naturel, l’application a généré un système Terre-Lune-Soleil avec des orbites animées et paramétrables, un jeu type Flappy Bird jouable dès la première génération. Et pour la première fois, un monde ouvert navigable m’a été roposé à partir d’une instruction (certes au départ avec un vélo aux roues perpendiculaires mais corrigées dans les itérations suivantes) : des arbres, des immeubles, des routes et des chemins, une physique cohérente et un personnage qui pédale en butant sur les objets… et tout ça réalisé dans un navigateur avec du code accessible.
J'ai décrit "un morceau" de monde et il est apparu : ce qui m'a frappé ce n'est pas la performance technique en elle-même, c'est que la simulation soit devenue suffisamment plausible pour qu'on s'y promène et pour qu'on s'y retrouve.
Il y a trois ans, au lancement d’uneIAparjour, les modèles produisaient du texte avec des réponses en chaîne de caractères, sans ancrage dans une réalité physique, on en avait retracé l’évolution dans la lettre 25, depuis les catégories du site sur trois années. Texte d’abord, puis images, puis voix, puis vidéo, puis environnements 3D interactifs. Chaque étape a semblé vertigineuse (l’effet “waouh” de la lettre 28), s’est ensuite normalisée, puis a été dépassée. Omma et Make it ne sont pas des exceptions dans cette trajectoire, ces applications en sont, je crois, des expressions concrètes et accessibles aujourd’hui, à la portée de n’importe qui avec un navigateur et une idée.
Ce que j’ai observé à petite échelle dans un navigateur, Yann LeCun le vise à l'échelle des systèmes physiques réels. Il y a trois semaines, il annonçait AMI Labs (voir cet article d’Euronews) et levait un milliard de dollars sur une conviction qu’il porte depuis plusieurs années : les modèles de langage fondés sur du texte ont ou vont atteindre leur limite. Ce qu’il vise avec les “world models”, ce sont des systèmes capables de comprendre le monde physique depuis des données issues de vidéos ou de capteurs, comprendre le monde comme le font les animaux et les humains, pas le simuler dans un navigateur, le comprendre vraiment, pour pouvoir agir dedans. Un peu comme le jalon suivant d’une trajectoire déjà engagée…
Comme trois niveaux d’une même progression, à des échelles très différentes. Pas une hiérarchie, une trajectoire qui continue et dont on observe ici deux jalons déjà accessibles et un troisième qui se finance à un milliard.
On est donc passé du texte à une représentation du monde de plus en plus plausible en trois ans. L’arroseur que j’ai conçu dans Make it devra fonctionner sous la pluie avec de vrais fils, le vélo d’Omma ne roule (pour l’instant ?) que dans un navigateur. Et si la distance entre les deux mondes se réduisait plus vite qu’on ne le pense ?
Les sept applications publiées cette semaine, de la recherche d’articles scientifiques à la génération d’applications :
🏗️ Omma pour générer des applications et des pages web à partir d’instructions, avec une spécialisation sur les modèles 3D.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/omma/
📖 BookletAI pour créer des livrets illustrés au format HTML ou PDF à partir d’un sujet avec outils d’édition et de mise en page intégrés.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/bookletai/
🎙️ Cohere Transcribe pour retranscrire des fichiers audio dans 12 langues dont le français, open source, gratuit et illimité.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/cohere-transcribe/
🤖 Molmo Web pour automatiser des tâches de navigation web à partir d’une instruction, un agent qui analyse les pages par captures d’écran successives, open source et gratuit.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/molmo-web/
🎬 Seedance 2 pour générer des vidéos courtes ou des vidéos multi-scènes avec voix, avatar et musique, disponible dans Capcut et Dreamina avec de nombreux styles au choix.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/seedance-2/
🖼️ Pixpark pour générer des images à partir d’une instruction ou d’une image de référence, en plusieurs formats et résolutions jusqu’à 4K, sans compte et illimité.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/pixpark/
🔍 Scholar Labs pour effectuer des recherches en langage naturel dans Google Scholar, basé sur Gemini, gratuit et illimité.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/scholar-labs/
Recalcul d’itinéraire pour les lectures partagées cette semaine : plusieurs d’entre vous m’ont dit que la liste devenait difficile à parcourir, qu’il y avait parfois trop d’articles et qu’un peu de contexte aiderait à aller plus loin dans leur découverte.
On part donc cette semaine sur moins d’entrées mais chacune avec quelques lignes pour dire pourquoi je les ai retenues. On teste ensemble ?
Éthique et société
La fondation Wikimedia face aux bots (Alek Tarkowski sur LinkedIn + article Wikimedia Foundation, en anglais)
Alek Tarkowski pointe que les entreprises IA se nourrissent massivement des communs numériques (Wikipedia, OpenStreetMap, Open Food Facts) sans y contribuer en retour. La Wikimedia Foundation bloque désormais des milliards de requêtes de bots par jour, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. La question posée est plus politique que technique, elle interroge l’usage responsable des biens communs à l’ère de l’IA.
Géopolitique et international
“L’UE interdit les contenus générés par IA dans ses communications officielles” (Next.ink)
Commission, parlement et conseil de l’UE ont interdit à leurs équipes de presse d’utiliser des visuels entièrement générés par IA. Une décision qui contraste avec l’approche de la communication américaine.
Création, art et médias
Décision du Conseil de déontologie journalistique contre Ventures Media (Post de Florian Ernotte)
Le groupe Ventures Media publiait depuis plusieurs mois des articles générés par IA sous de faux profils de journalistes, sans contrôle rédactionnel. Cela a conduit à une décision du CDJ : ajouter après coup la mention “généré par IA” sous les articles ne suffit pas à remplir l’obligation déontologique et on ne peut pas déléguer la responsabilité éditoriale à une entité autre que la rédaction.
“Webinaire « L’info à l’ère de l’IA chez Radio France »” (DRANE AuRA / CLEMI)
Dans le cadre de la Semaine de la presse et des médias dans l’École, trois experts de Radio France ont été réunis autour d’une question : comment lire, écrire et dire l’info à l’ère de l’IA ? Replay pour les éducateurs et pour tous.
Technique et infrastructure
“Trop gourmands en électricité, les datacenters de Google sont exclus d'Irlande : la France fait le pari inverse" (Les Numériques)
L'Irlande impose désormais aux entreprises qui veulent installer des datacenters de produire 80 % de leur propre électricité verte sous six ans. Amsterdam et Francfort ont pris des mesures similaires. En France, à l'inverse, un texte récent requalifie ces infrastructures d'"intérêt national majeur" pour en faciliter l'implantation alors que l'Ademe juge cette course "incompatible avec l'accord de Paris".
Études et recherche
“Stanford study outlines dangers of asking AI chatbots for personal advice” (TechCrunch en anglais)
Une étude de l’Université de Stanford met en garde contre les chatbots qui flattent systématiquement les utilisateurs en validant leurs croyances préexistantes. Cette complaisance excessive enferme les individus dans des chambres d’écho émotionnelles, ce qui risque de renforcer des comportements toxiques ou d’encourager de mauvaises décisions.
Les zones inexplorées se réduisent. Pas toutes à la même vitesse, pas toutes de la même façon, mais les vides de la carte semblent se combler peu à peu...
On referme l'atlas pour cette semaine, il vous reste la possibilité de naviguer jusqu’au sondage de la semaine. Vous pouvez aussi laisser un commentaire ou m’écrire sur contact@uneiaparjour.fr et les réseaux.
Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine, même lieu et (presque) même heure… Parce qu’une IA par jour, c’est un article quotidien sur uneIAparjour.fr et une lettre chaque samedi directement dans votre boîte !






